Cinquante Taupes dans mon jardin
«J’ai en face de moi un ennemi redoutable, le rêve de la gratuité», Donnedieu de Vabres.
Le CD qui a fait la fortune de quelques maisons de disques dans les années 90 s’éteind peu à peu. Le magasin de disques de papa, le Champs Disques d »Orange Mécanique ressemblera bientôt à une vieille carte postale: Il reste aujourd’hui en France 300 disquaires indépendants et seuls ceux ayant su se spécialiser vers des marchés de niche semblent à moindre perte s’en tirer. Il faut pourtant se battre pour remplir sa marmitte. Loin des grands centres urbains, la réalité est difficile pour ces indépendants bouffés peu à peu mais majoritairement durant les 90ies par la grande distribution, ces mamouths autorisés à vendre «leur» culture à coté du PQ et des croquettes du chien. Une culture prémachée, en lien direct avec le média télé, organisée de façon pyramidale avec des artistes inventés et des stades géants pour cum’unier sur michel, fils de jacques et coca cola. Le pire de la musique c’était ça. Les échoppes d’indépendants en ont donc souffert. Le public à changé ses méthodes de consommation sans forcement être conscient de la différence entre le disquaire amoureux de faire partager des bonnes galettes et l’hypermarché, là uniquement pour parler de bilan et volumes annuels à la tonne, non des poèmes d’une Patti Smith ou du clavier chaleureux d’un Stevie Wonder.
La dizaine d’années entre cette vision idyllique du f’art façon Bono et la situation actuelle auront vu plusieurs facteurs dans la transformation de ce paysage musical alors idyllique. Dénominateur commun des 2 cotés de l’Atlantique, une forme de résistance à un système allienant, Détroit d’un côté, Stonehendge/Beanfield de l’autre. Parallèlement, l’industrie micro informatique émerge, le MP3 arrive en 95 et gagne rapidement ses galons. Format idéal pour remplacer la cassette audio dans un premier temps. Le CD qui ne vit que sur son marché de masse pour alors établi sera broyé dans la même foulée. Sony sort le 1er walkman, le Yopi, on passe d’un boitier et d’un média à contraintes statiques fortes (et presque plus fragile que le vinyle puisqu’il peut bloquer l’appareil ou rendre la suite d’une piste inaccessible sur des rayures du média) à quelque chose de compact et sans problème technique, ne nécessitant aucune mécanique avec un appareil à l’image de l’ipod d’aujourd’hui. Pourquoi alors continuer à acheter des CD et un lecteur plus grand, plus fragile quand on le fera sauter au moindre jogging dominical, quand il demande une poche entière dans une veste ? Le consommateur choisi naturellement aisance et facilité devant le choix des 2 formats.
Notre gouvernement tente de faire machine arrière en souhaitant conserver ce paysage marchand tel qu’il était encore en 2001, au carrefour du développement des accès numériques en Europe. Il semble croire encore aux 2 grosses boutiques des champs élysées. Il se camoufle derrière l’image des indépendants, de la masse salariale pour bluffer une image de concerné et passer des lois discutables, jugées par les plus farouches opposants de liberticides. Ce paysage politico-libéral qui pendant 20 ans n’a fait que suivre supermarchés, majors et cercles d’amis. Je me prend à douter aussi de cette bonté soudaine affichée. Un gouvernement de droite qui se prend à s’inquiéter du statut des techniciens ? Depuis quand la droite libérale se soucie-t’elle des masses salariales ? La première étape était manichéène: interdisons le téléchargement en coupant les accés! Les débats parlementaires, dans la presse sont arrivés et notre cher gouvernement c’est aperçu que c’était plus compliqué que ça. Il fallait apporter une réponse, développer une offre légale. Une croisade contre le piratage afin de sauvegarder pas forcement les artistes, mais leurs artistes, un petit groupe qui brasse beaucoup d’argent et .. participe plus ou moins au microcosme politique-média. Je doute aussi de leurs intentions. Il suffit de voir qui est invité aux dégustations de ptits fours autour des colonnes de Burène, de voir à contrario qui se fait saisir son matériel au 1er Mai, qui se fait matraquer au 21 juin pour savoir que l’argument du bon samaritain utilisé est daubé.
Qu’on le veuille ou non le CD disparaitra, tout les showrooms en 2008/2009 le montrent, les concepteurs d’Audiopro le retirent de leur machines au profit des connecteurs USB. Les jeunes artistes sortent massivement leurs productions en fichiers numériques, il n’y a qu’à modérer quelques nuits sur discogs pour s’en convaincre. Une fois reconnus, le vinyle refait son apparition dans les sorties. Le CD n’existe encore que pour le mainstream.
En parallèle aussi, le disque vinyle pendant ces années, pourtant annoncé mort en 1992, s’est finalement toujours maintenu, et bénéficie encore d’une bonne côte auprès des DJ et des passionnés. Avoir une platine vinyle c’est s’ouvrir de plus un marché d’occasion important. Des disques qu’actuellement vous ne pourrez trouver numérisé nulle part. Cependant le vinyle prend lui aussi un bon coup dans l’aile depuis l’arrivèe des logiciels d’emulation. On achète ses 2 disques timecodés et voilà, fini les sorties au magasin ou les commandes chez les VPCistes, en tout cas à moindre mesure. De plus, les jeunes DJ se tournent massivement vers les roues digitales; commencer une collection de vinyles n’est pas aisé, le coût est certain, l’offre numérique avec le succés des P2P est abondante et les CDJ attirent l’oeil avec leurs diodes ronflantes et leurs options pour mixer sans les mains. Le vinyle continuera pourtant son chemin tranquillement sur des volumes légèrement moindres.
Problème, le P2P ne rémunère pas forcement les créateurs des musiques qui devraient tirer bénéfice de leur travail. Télécharger n’est pas forcement pirater. Si l’on refait le parrallèle avec la K7 dans les années 80 tout le monde déja s’en échangeait et pourtant achetait selon ses moyens, ça n’a tué personne. Des réseaux d’échange existaient eux aussi déja. J’echangeais déja des K7 par l’intemédiaires de contacts sur les BBS & Minitel. La différence c’est que la copie de K7 à K7 se faisait avec une perte de signal et par la poste, ce qui limitait naturellement la chaine. Le mp3 supprime cette barrière puisque la copie est sans perte. A chacun donc de savoir apporter un peu de conscience et descence morale face à sa consommation et ses moyens. J’pique un peu par là, j’achète un peu par là, tu fais pareil de l’autre côté, ton voisin là bas, et voilà un système qui marche, vend et échange encore sans devoir passer par la case du tout répression. Certains politiques n’ont d’égard que la répression en lieu et place de l’éducation.
Acheter ?.. Nous voilà donc devant la question de l’offre légale promise par Albanel en avril. Nous sommes en novembre et le temps à donc passé.. Parfait, qu’elle est t’elle ? Je prend jaimelesartistes.fr
J’arrive sur un site, ça parle plutot de politique et de coups de matraques, de tribunal, en bas il y a 4 têtes ni fraiches ni éclairées et sensées representer Les Artistes.. Oui ? je vois à peine, perdu dans cette avalanche de thèmes juridiques, présentés comme sur un «Désir d’Avenir», un lien solitaire, pourtant central à cette question, vers «l’offre légale» pour vous et moi désireux d’acheter un peu de musique. Bienvenu sur une page fourre tout, pleine de logos de marques. UNIVERSAL MUSIC écrit en caps lock en « haut de gondole » entre 2 lignes à tiret vide de contenu… tout semble conditionné dans des boites, comme au rayon croquettes et tampax de tout à l’heure. Une rapide balade dans la page je note quelques trucs, 4deejays.com, essayons, « site fermé pour des raisons indépendantes ». Hu… l’indépendance à un prix.
Un tour d’honneur par les majors, Warner, site en reconstruction.. Sony a oublié d’ajouter une couleur de fond d’écran, player flash qui saccade, la totale je zappe, Universal je leur demande du Gainsbourg, j’arrive à trouver un album sorti chez mercury en 2002, je clique sur l’ecoute d’un titre et rien ne sort de l’ordi vers l’ampli. EMI, le site est perdu dans un coin de page laissant 4/5e de l’écran sur un bleu azur. News pas fraiche, hmm, David Guetta en avant scène pour une sortie que je peux avoir « en exclusivité » au 24 août.. le 03 novembre. Faut bien vendre du rêve. Osons le click sur Acheter, pas de bol je passe par un urltracker qui est bloqué par mon serveur de nom me protégeant un peu des SEO.. (http://clk.tradedoubler.com/click?p=******&a=********&url=http://itunes.apple.com/WebObjects/MZStore.woa/wa/viewAlbum?id=********&s=*******) visiblement on part chez Apple après le bust SEO. on passe!
J’ai débarqué sur Emusic je sais plus trop comment, et avais reçu un commentaire favorable d’un contact. Ils n’étaient pas sur la page jemléartistlaule cependant. J »ai trouvé en effet de tout chez eux.. Le site ressemble aux designs actuels, flirte avec la notion de communauté, offre des liens avec Facebook pour partager (légèrement) les références de ses découvertes à son pool de contacts. On s’y abonne au mois, plusieurs formules de 6€ de base jusqu’à des offres plus couteuses qu’on peut « recharger » si l’on a consommé son forfait trop vite. côté format c’est du VBR 256kb en crête, peu mieux faire. Leur catalogue est pas exceptionnel mais impécable au nombre d’artistes proposés. J’ai pu recevoir des réponses et acquérir légalement quelques chansons pour tout ce que je cherchais, récent comme ancien, local comme international. Leftfield, Aquatherium, Gelstat, Beuns, Nout, SP23, Modwheel, Drexciya, Minimum Syndicat, Sydenham, ESP, Unit Moebius, tous y étaient. Après ils existent depuis 1995.. je m’attendais donc à trouver aussi bien qu’au stock de vinyles à Utrecht. Mais on n’y trouve globalement que du contenu post 2002, les morceaux d’avant son rares. On ne reste cependant jamais sur sa faim en y cherchant des bonnes choses. Les extraits de musiques sont peut etre un peu court aussi, 30 secondes c’est toujours court avec une intro à 4 ou 8 mesures. Le support est présent pour l’avoir essayé, on peut même avoir un chat avec un technicien.. Leur mailings restent discret, pas envahissant comme ceux de Beatport qui poluent sans arrêt la boite email. Après si l’on veut du wav, il me semble que Juno reste aujourd’hui l’incontournable.
ps: Aux dernières nouvelles le ministère de la culture aime tellement jaimelesartistes.fr que le nom de domaine créé lors du débat public autour de la loi a expiré et a pu être racheté par la fronde anti-Hadopiste.
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